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Contre le projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes et tout le reste… Défendons ce qu’il nous reste : Engageons la lutte des arrières-pays !

Vu sur le jura libertaire, le 14/02/2013 :

La vie sur Terre est notre plus grand bien.
C’est grâce à elle que nous voulons continuer à vivre,
Avec nos enfants, nos parents, nos amours et nos amitiés.
Et la certitude que nous sommes les mieux placés pour savoir
Pourquoi et comment nous voulons vivre…

Et nous le voulons, en effet, au point que nous ne devrions même pas avoir besoin de le préciser. Nous le précisons pourtant, pour au moins deux raisons : parce que nous sentons que la vie sur la Terre est chaque jour un peu plus menacée. Et parce que nous sentons, en même temps, que nous pouvons encore y faire quelque chose, qu’il est encore possible de résister.

Résister : résister à des politiques multinationales (ou encore multilatérales) d’investissement, qui sacrifient la richesse de ce qui nous est toujours déjà donné – la richesse de la vie – à celle qui soi-disant nous manquerait alors qu’elle ne consiste en fait qu’à fabriquer toujours plus d’endettement au profit de ceux qui ne savent pas quoi faire de leur argent. Et cela, qui plus est, en se réclamant d’une légitimité constitutionnelle qu’elles se fabriquent de toutes pièces. C’est-à-dire sans nous demander notre avis autrement que par le biais d’expertises auxquelles les experts ont l’art de faire dire n’importe quoi du moment qu’ils y croient et qu’ils sont bien payés pour ça ; et en sachant bien que si cela ne suffit pas, le gaz et la matraque seront toujours en mesure de terminer le boulot sans prendre trop de retard vis-à-vis des échéances fixées par les investisseurs.

Comme s’il s’agissait surtout de résister, au fond, à l’alliance globalisée du Capital et de l’État portée par la convergence technologique de la force armée et de l’ingénierie sociale. Ou encore, plus simplement, au Développement – de la misère, il s’entend.

Mais alors, plutôt que de laisser les politiciens essayer de nous faire croire que ce sont eux qui auraient besoin de nous et de notre « participation » (comme si nous étions assez bêtes pour croire qu’une démocratie puisse se passer de la participation du peuple), qu’attendons-nous pour leur répondre que c’est peut-être nous, d’abord, qui pourrions ne pas avoir besoin d’eux ?

Nous qui, en effet, pourrions ne pas avoir besoin qu’on décide de nos vies à notre place ; et encore moins qu’on continue à détruire la vie sur Terre en attendant d’être les prochains à figurer sur l’interminable liste des espèces en voie de disparition. Et nous qui, du reste, sommes donc légitimement en train de nous demander où a bien pu passer cette fameuse légitimité dont se réclament les politiciens en question ?

Une légitimité dont ils se réclament d’ailleurs surtout lors de leurs spectacles, mais dont ils se moquent en réalité. Trop occupés qu’ils sont à se goinfrer de petits fours et à boire du champagne sur le compte des honnêtes gens qui n’ont même plus les moyens de se payer un repas ouvrier ni d’offrir leur tournée sans créditer – grâce au concours des banquiers – leur propre compte à eux. À savoir le compte de ces mêmes politiciens qui, cependant, n’osent plus sortir de chez eux si c’est simplement pour se promener ou aller au café, de peur de devoir faire preuve d’encore un peu de respect et de dignité. Car on ne peut pas faire les deux à la fois : on ne peut pas se vendre à la Croissance et continuer à vivre humainement parmi ses semblables.

Mais qui sommes-nous pour dire nous ? Et bien nous sommes voisins : voisins parmi d’autres voisins. Des voisins que plus grand-chose n’empêche de vivre dans leur coin, mais parmi lesquels, néanmoins, certains sont encore paysans, et d’autres partisans. Quand ils ne sont pas en fait – à une époque où il est devenu impossible de prendre soin du pays qu’on habite sans défendre le commun qui nous tient ensemble, et réciproquement – les deux à la fois : à savoir des « résistants ». Des résistants qui, s’ils n’ont pas forcément le privilège d’être de ceux qu’on intronise parmi les grandes figures de l’Histoire et de la Révolution, se contentent plus humblement de se voir régulièrement associés à une même bande d’arriérés. Mais qu’importe, mieux vaut ça que d’être du côté des « occupants » : du côté des forces de l’ordre du « gouvernement Vinci », par exemple.

Car ce sont d’abord eux – les actionnaires de Vinci ainsi que les membres du gouvernement – les premiers, les véritables occupants de la ZAD. Et parce qu’on ne peut résister à une occupation que dans la mesure où l’on y est pas encore soumis, et qu’on a coutume depuis plus d’un siècle de rapporter une telle insoumission à l’« arrière-pays » (entendu comme une « région au-delà du territoire occupé ») ; à la question « Qui sommes-nous ? » nous ne trouvons rien de mieux à ajouter : « Nous sommes des habitants des arrières-pays ». Des habitants qui, où qu’ils soient sur la Terre, en ville comme à la campagne, sont encore un peu maîtres d’eux-mêmes là où ils sont. Et sont donc prêts à se battre pour défendre le peu d’autodétermination dont ils disposent encore.

Mais voilà : autant avons-nous encore un peu le sentiment, et même une certaine idée, de ce que nous sommes ; autant nous reste-t-il alors à l’assumer concrètement, c’est-à-dire entièrement. De façon à ne plus se limiter à gêner l’avancée de l’occupation en question, mais à lui opposer une présence face à laquelle sa seule victoire consisterait, en dernière instance, à ne pas reculer. Puisque ce n’est qu’à cette condition, vraisemblablement, que nous serons en mesure de la faire reculer et, ce faisant, de libérer l’avenir du futur déjà présent.

Pour assumer une telle présence, pour réellement tenir une position d’arrière-pays, il semble clair, ceci dit, qu’il faille nécessairement appréhender les difficultés telles qu’elles sont, plutôt que de les minimiser. En commençant, à ce titre, par admettre que nous sommes déchirés entre deux temporalités opposées : l’une relative à l’« urgence » de la situation, et l’autre relative à la « durée » qu’exige la possibilité d’y faire face. Et justement, il se trouve que ces deux temporalités correspondent respectivement aux deux figures que nous incarnons : celle du paysan et celle du partisan. Deux temporalités, donc, pour une même exigence : celle de parvenir à faire le pont – pour ne pas dire le grand-écart – entre ces dernières : entre l’impossibilité de remettre à plus tard une lutte dont chaque jour qui passe tend un peu plus à faire de nous les perdants, et la nécessité d’inscrire cette lutte dans la durée à moins d’avoir perdu d’avance. Prendre le temps qu’il faut comme il en faut pour prendre soin d’une terre ; et lutter sans plus attendre, corps et âmes, à la mesure du peu d’avenir que contient le temps où nous sommes.

Puisque c’est bien là, finalement, que nous nous situons : là où s’entretiennent et se préservent les conditions d’un monde habitable, et où l’on sent du même coup qu’on a désormais plus rien à perdre, que c’est maintenant ou jamais…

Que la lutte soit violente ou pas, le problème n’est plus là. Le problème est d’abord de continuer à la faire exister. Car la lutte n’est pas, n’a jamais été, un à côté. Elle est au contraire au centre de la vie de celles et ceux qui continuent à croire que la vie vaut la peine… et que la joie n’y est pas étrangère.

Sans doute contrôlent-ils déjà le pays, les pays.
Avant qu’ils contrôlent entièrement nos vies,
défendons ce qu’il nous reste :

Engageons la lutte des arrières-pays !

Quelques membres du comité de soutien du pays de Ploërmel
à la lutte contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes
Janvier 2013

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