La CNT INRAP ou la servitude volontaire des archéologues libertaires !

Dessin d’un camarade libertaire russe, avec comme légende :  » les archéos-collabos en action pour la défense…de leurs salaires. « 

Deuxième et dernière partie d’un article nommé : Archéologues soumis et syndicat compromis : l’INRAP, la CNT et le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes; écrit par un membre du collectif de lutte contre l’aéroport de NDDL et un occupant de la ZAD :

Cette critique de la fonction sociale et politique de l’archéologie préventive semble pourtant inaudible pour les archéos-collabos ! Suite à la diffusion d’une critique similaire sur les listes internes d’opposants à l’aéroport nous avons reçu un texte signé de la CNT INRAP, et qu’on croirait pourtant rédigé de la main de cadres de la CFDT et du parti socialiste… Florilège 1 :

Une conscience aiguë de leur absence totale d’autonomie :                       “ Ce ne sont pas les équipes de l’Inrap qui décident où, quand et
quoi elles vont fouiller. Les diagnostics (tranchées creusées pour
identifier d’éventuels sites) et les fouilles (si des sites sont
découverts) sont faits sur prescription des services régionaux de
l’archéologie – ces services dépendent du ministère de la Culture, ne
font pas partie de l’Inrap, et doivent eux aussi le plus souvent jongler
difficilement entre les pressions politico-économiques et leur mission
scientifique.”

Un constat réaliste concernant les intérêts de leur commanditaires principaux, l’Etat et les entreprises du BTP :                                   Notre activité n’entre pas en compte dans les processus de
décision des élus et des aménageurs. Non, non, jamais. À votre avis,
qu’est-ce qu’un député ou un bétonneur en ont à fiche des vieux murs et
des vieux tessons ?”

Une affligeante incapacité à formuler une critique du salariat :       “Les travailleurs de l’Inrap sont pour une bonne part des
précaires enchaînant les CDD, et ils n’ont pas forcément le choix des
chantiers sur lesquels ils sont affectés. Si on propose à un précaire
d’aller travailler sur l’aéroport, même si le projet lui répugne, même
si les conditions de travail sont inacceptables, il ne pourra pas
forcément refuser (surtout en ce moment où les chantiers sont rares dans
le coin), à moins d’avoir envie de se passer de salaire…”

          Dans ce texte, a aucun moment la CNT INRAP ne manifeste son soutien à la lutte des opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes !              Toute perspective de résistance ou de désobéissance des archéologues est écartée au nom de la préservation du patrimoine : “ le résultat serait lui aussi très simple : l’aménagement se ferait quand même, sans le moindre retard, et les sites partiraient à la benne.”

       Ainsi aucune forme de résistance qu’elle soit ostensible et publique, comme la grève, ou souterraine et discrète, comme le sabotage des fouilles, ou encore la transmission d’informations aux opposants afin de faciliter le blocage des travaux, ne trouve grâce à leur yeux d’anarcho-syndicalistes censés pourtant défendre l’action directe.

        Nous qui nous battons pour une société autogéré et pour la réappropriation de nos savoirs et savoirs-faire, ne pourrions-nous pas envisager de nous réapproprier notre histoire et de la rendre vivante; au lieu de la mortifier dans des musées souvent visités par les mêmes aristos et décideurs qui ont participé à la chute de nombreuses sociétés ! Ce n’est que dans ces conditions que l’archéologie préventive servira l’intérêt général…

         Faut-il déduire de ce texte lamentable que les archéologues de la CNT ne sont que de vulgaires gardiens de musées dont l’action se résume à brandir des drapeaux noir et rouge en manif et à se plaindre, amorphe sur leur canapé, de la marche du monde en lisant du Malatesta ? La CNT INRAP serait-elle un vulgaire groupe corporatif pour qui la défense de l’Institution qui les emploie passe avant l’autocritique et la dénonciation de l’emprise l’Etat et du Capitalisme industriel sur nos vies ? Ces militant-e-s réduisent-ils l’engagement anarchiste à une posture théorique confinant à la coquetterie intellectuelle ? On peut légitimement se poser la question à la lecture de ce texte affligeant…

        L’articulation entre attitude individuelle et aliénations collectives, pourtant au cœur de la pensée anarchiste, semble totalement absente de l’esprit de nos archéos-collabos se réclamant de l’anarcho-syndicalisme : “L’Inrap n’est pas une collectivité autogérée, c’est une organisation hiérarchisée et, ici comme ailleurs, merci de ne pas confondre l’institution (l’Inrap qui pose avec Vinci en se rengorgeant de l’opération Angkor) et les gens qui la composent à la base (l’Inrap qui fouille au Cambodge).”

       Difficile pourtant de faire cette distinction lorsque nos syndicalistes balayent d’un revers de la main toute possibilité de résistance à l’institution étatique à laquelle ils appartiennent et étouffent toute autocritique sous un pitoyable patriotisme corporatif !

        Ainsi les ouvriers du nucléaire peuvent-ils garder leur conscience tranquille lorsqu’ils collaborent à nombre de destructions environnementales et humaines, et par leur travail confortent notre servilité et notre dépendance à une énergie qui détruit notre futur !?
Quant aux ouvriers embauchés sur des chantiers d’infrastructures voraces de terres agricoles, faut-il faire mine d’ignorer leur rôle indispensable à ces travaux sous prétexte qu’ils doivent bien donner à bouffer à leurs gosses? Ont-ils conscience que leur travail participe à la mise en péril de l’autonomie alimentaire de leurs enfants ?

      Et que dire des profs qui inculquent l’obéissance aux rejettons du capitalisme, des travailleurs sociaux qui placent les pauvres sous contrôle, des matons et des flics veules exécutants de la violence d’Etat, etc. ?

         Le rôle d’un syndicat anarchiste ne serait-il pas de stimuler l’auto-critique de chaque individu ou groupe afin qu’il réalise l’ambiguïté de sa position à la fois victime et complice du système? Il est surprenant de voir la CNT céder aux facilités des syndicats réformistes se cantonnant à défendre une amélioration immédiate des conditions des travailleurs. A-t-elle perdu de vue la préparation d’un renversement révolutionnaire de l’ordre établi abattant le système capitaliste, autoritaire, et productiviste dans lequel nous sommes engoncés ?

        Peut-être les archéos-collabos de l’INRAP, plutôt que se défendre à tout prix, seraient inspirés de méditer cette phrase d’Etienne de La Boétie :

“Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres.”

 Un membre du collectif de lutte contre l’aéroport de NDDL et un occupant de la ZAD

1 La réponse de la CNT INRAP ainsi que le mail incriminé par ces derniers ici :

Réponse de la CNT inrap

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