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[Du discours hypocrite du PS sur l’environnement] Le projet d’aéroport menace aussi la réserve naturelle de Grand-Lieu et ses abords

Vu sur le site internet des naturalistes en lutte, le 29/03/2013 :

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Loïc Marion (UNIVERSITE DE RENNES I, Centre National de la Recherche Scientifique, UMR 6553 Ecobio) est l’un des meilleurs connaisseurs de la Réserve naturelle de Grand-Lieu. Il a tenu à écrire au Président de la commission du Dialogue qui avait fait des déclarations montrant une grande ignorance sur cette question. On attend avec curiosité la réponse de M. Chéreau.

Rennes, le 19 mars 2013

Monsieur Claude CHEREAU Président de la Commission du Dialogue

sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Monsieur le Président,

Parmi les arguments environnementaux présentés en faveur du déménagement de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique de Château-Bougon à Notre Dame des Landes figure en bonne place, notamment de la part des élus (cf. encart publicitaire paru dans les journaux régionaux le 18/12/12), la protection du lac de Grand-Lieu et de sa réserve naturelle « menacée par l’aéroport existant dont elle est mitoyenne ». Je me permets de vous demander de bien vouloir verser aux débats ma présente contribution, faite en tant que chercheur au CNRS, spécialiste de l’écologie de ce lac depuis plus de 40 ans (près de 200 publications), mais aussi en tant que premier directeur de la réserve naturelle de Grand-Lieu (2700 ha) pendant 23 ans (1984-2007), nommé par le ministre chargé de l’Environnement. A ces titres, j’ai activement oeuvré pour la création de la réserve naturelle auprès de l’Etat et du parfumeur Jean Pierre Guerlain qui a fait donation de sa propriété à l’Etat, mais aussi en tant que responsable des dossiers de protection de l’ensemble du lac sur plus de 7500 ha (Réserve naturelle, Site classé, Zone Nationale d’Intérêt Floristique et Faunistique, Zone de Protection Spéciale de la Directive Européenne Oiseaux, Zone Spéciale de Conservation de la Directive Européenne Habitats, Site Ramsar, application de la Loi Littoral dont le lac était au départ exclu, Programme Européen Life Nature ayant permis l’acquisition de 250 ha de marais…). Je crois donc pouvoir affirmer que l’argument concernant les menaces que feraient porter l’actuel aéroport sur le lac de Grand-Lieu est non seulement faux, mais que ce déménagement de l’aéroport aura exactement l’effet inverse.

 

L’actuel aéroport de Château-Bougon menace-t-il la faune du lac de Grand-Lieu ?

Les avions commerciaux ne gênent nullement la faune du lac de Grand-Lieu puisque son survol s’effectue à plusieurs centaines de mètres de hauteur, bien au-delà des 300 m d’interdiction réglementaire de survol aérien de la réserve. Les oiseaux notamment ne réagissent absolument pas à ces passages auxquels ils sont depuis longtemps habitués (rien à voir avec des hélicoptères). En outre, le survol du lac s’effectue essentiellement en vol d’atterrissage, moteurs au ralenti et pratiquement silencieux avec les avions actuels, tandis que les décollages prennent très vite de la hauteur et généralement bifurquent avant d’atteindre le lac. Je n’ai constaté une gêne des oiseaux qu’à l’occasion des baptêmes de l’air exceptionnels du Concorde. Dans tous les dossiers de protection du lac évoqués précédemment, tout comme dans les ouvrages scientifiques, je n’ai jamais évoqué le moindre problème soulevé par l’aéroport de Nantes-Château-Bougon, bien que ne m’étant jamais privé de dénoncer les multiples atteintes environnementales que subit ce lac.

 

Y-a-t-il pollution du lac de Grand-Lieu par les avions ?

Concernant la question de la pollution aérienne, je n’ai jamais réussi à avoir confirmation de largages de kérosène en phase d’approche sur le lac, dont l’existence aurait d’ailleurs été immédiatement visible par des irisations sur l’eau. Au contraire, il m’a été indiqué que ces largages concernent essentiellement les aéroports pour lesquels il existe une forte probabilité de liste d’attente à l’atterrissage, pouvant atteindre plusieurs dizaines de minutes comme pour les aéroports parisiens, ce qui oblige les avions à garder une réserve de sécurité pour tournoyer, ce qui n’est pas le cas à Nantes (atterrissage direct). Quand bien même il y aurait largages, ils seraient effectués bien avant le lac, à hauteur élevée, de façon à provoquer une brumisation qui n’a que peu de risques d’atteindre le sol. Enfin, les avions en phase d’atterrissage longent la côte orientale du lac, dans l’axe de la piste, et les vents dominants pousseraient les vapeurs de kérosène hors du lac, tout comme la pollution générée par les moteurs. Tant les études menées pour la constitution du Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux du bassin du lac de Grand-Lieu, que celles que j’ai conduites pendant de nombreuses années sur le bilan entrées-sorties des pollutions sur le lac, n’ont pas mis en évidence une pollution du lac due aux avions. La véritable menace pesant sur ce lac est l’activité humaine, notamment la pollution d’origine agricole sur son bassin versant, qui lui a valu de passer en une trentaine d’années du statut oligotrophe (eaux claires) à celui d’hypereutrophe, dominé par les algues toxiques.

 

Les menaces environnementales indirectes liées à l’abandon de l’actuel aéroport

A l’inverse, le déménagement de l’aéroport représentera une menace environnementale considérable pour l’avenir de tous les terrains situés entre les pistes et le lac, qui bénéficient actuellement d’une interdiction ou d’une limitation drastique des constructions (Rezé, Nantes, St-Aignan de Grand-Lieu, Bouguenais, Bouaye), reprise dans les POS ou les PLU, qui sera levée puisque leur constructibilité est revendiquée par Nantes Métropole comme argument du déménagement. La superficie totale des terrains concernée par la réglementation sur le bruit concerne 600 ha. La zone tampon entre l’aéroport et le lac en sera gravement altérée. Déjà, la municipalité de Saint-Aignan revendique de pouvoir faire une jonction urbanistique entre le bourg actuel et le lac de Grand-Lieu (cf. l’exposition actuelle en mairie et les projets confiés à des architectes en ce sens), ce qui est totalement contraire à l’esprit de protection des abords du lac suivi depuis plus de 30 ans. Un lotissement de 125 maisons est déjà programmé. Quid également de la zone militaire aéroportuaire importante protégeant actuellement le parc et les bois du château de Bougon, en limite de pistes (le château servait au logement des gendarmes de l’aéroport), qui constitue de par sa fermeture totale au public une réserve naturelle de fait ?

 

Les effets pervers indirects du déménagement de l’aéroport actuel à Notre Dame des Landes

Au-delà de l’emprise immédiate du lac, la création de l’aéroport de Notre Dame des Landes pourra avoir des effets environnementaux indirects sur l’avifaune du lac, en nécessitant la construction d’un troisième pont sur l’estuaire de la Loire. Le Conseil Général de Vendée, mais aussi les gestionnaires du Puy du Fou, en font une condition à la création de l’aéroport, et préconisent un pont à hauteur du Carnet, c’est-à-dire dans l’une des zones biologiques majeures de l’estuaire de la Loire, qui accueille en alimentation non seulement les oiseaux d’eau hivernant sur l’estuaire (cf. études conduites pour le Grand Port Maritime de Nantes-St-Nazaire et par le GIP Loire Estuaire par mon laboratoire), mais aussi une partie des oiseaux d’eau tant hivernants que nicheurs du lac de Grand-Lieu. Chaque jour ou chaque nuit, des milliers d’oiseaux du lac se rendent sur cette zone pour s’alimenter.

 

En conclusion

Les impacts directs futurs du déménagement de l’actuel aéroport sur l’urbanisation de terrains périphériques actuellement inconstructibles donc maintenus naturels, notamment les terrains situés entre l’aéroport et le lac de Grand-Lieu, mais aussi l’impact sur l’avifaune du lac et celle de l’estuaire de la Loire de la construction inévitable a terme d’un nouveau franchissement de cet estuaire, devraient être inclus dans le coût environnemental du projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Dr Loïc MARION

Chercheur CNRS

7 réponses à “[Du discours hypocrite du PS sur l’environnement] Le projet d’aéroport menace aussi la réserve naturelle de Grand-Lieu et ses abords

  1. Bonjour à tous,
    pour pouvoir traduire en justice les gens responsables de ces projets (l’état français ?) ainsi que tous ceux, personne physique et/ou morale, qui portent des atteintes graves au fonctionnement des écosystèmes et à la biodiversité restante (marées noires, chalutage en eaux profonde etc) en Europe, il existe une initiative :

    http://www.endecocide.eu/

    Cette initiative européenne à pour objectif de soumettre un projet de loi aux députés européens. Cette loi ferait de la destruction de la biodiversité et de la perturbation des écosystèmes des crimes pour lesquels les coupables pourront être traduits en justice et, espérons le, écoper de condamnations exemplaires.
    Il faut un million de signatures de sept pays européens, alors n’hésitez pas à diffuser largement.

    Cordialement

    Grég

  2. Cet article est excellent car finalement pour quelqu’un qui comme moi n’habite pas du tout le coin, sa lecture sérieuse oblige à prendre une carte et là boum, ça pète, on voit le triste funeste dessein de la zone St-Nazaire – Nantes. A terme, comme on dit ! A terme tout est englouti, ça c’est sûr on les connait les bétonneurs, et de proche en proche il vont boucher les trous, boucher les trous comme à leur habitude ! Regarder cette zone de haut et… vous comprendrez ! Faut surtout le dire à tout le monde, qu’ils bouchent les trous avec du béton ! Mais qu’entendez-vous par « trou » ?!!! Les trous, c’est là où il n’y a pas de béton !

  3. Très bel article de ce chercheur. A côté de cela, les propriétaires harcelés de Notre Dame des Landes et de Vigneux de Bretagne n’ignorent pas que la vraie motivation des politiques et affairistes est de spéculer sur le foncier : les terres achetées aux petits propriétaires pour une bouchée de pain seront revendues 50 à 100 fois plus chères. Plus ces ogres peuvent en acquérir et plus ils se lèchent les babines sans parler de ce qu’ils comptent tirer du site de Nantes Atlantique qui sera voué à l’immobilier.

  4. Comme quoi, l’enquête d’utilité publique a été bâclée !
    Avec des chiffres majorés ou minorés pour rendre le projet plus adaptable au grand public (pour mieux nous faire avaler la pilule, si vous préférez).
    Donc, aujourd’hui devant tout ce pataquès écologique, économique, sociétal, économique…il faut revoir CE dossier de A à Z !

    Sinon,la gangrenne va progresser…

  5. Je ne sais pas si j’ai tout bien compris, mais je me demande si ce professeur a fait des recherches autres sur les différents impacts qu’on les aéroports sur la faune environnementale. À Genève-Cointrin, une brigade anti-volatiles a été mise en place pour éviter les collisions entre oiseaux de fer et oiseaux tout court.
    Et il n’est pas prouvé que le kérosène largué n’aie aucun effet sur la flore et la faune?
    Il n’est pas prouvé non plus que de 1000 à 4000 personnes meurent chaque année en Suisse à cause de la pollution. Mais les médecins n’avancent pas ces chiffres au hasard!!!

  6. il a affirmé vouloir faire des écomomies de dépenses
    donc pas d aeroport et redristribution dans des aides
    pour amelioré les logements existants

    et changement de premier ministre
    il faut des signes fort pour etre credible

  7. à Biarritz ils ont fait très fort
    en prévision:des constructions de logements sociaux :enfin une partie ! les autres réservés.. entre un aéroport en pleine expansion et une ligne de chemin de fer

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